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HYPNOLOGICA

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Etude hypnologique :
prise de risque et crise de confiance

par Jacques Halbronn

    Faire confiance à l’autre, à quelque chose, plus généralement équivaut à prendre un certain risque mais sans risque où va-t-on ? Et d’ailleurs où commence ce qui n’est pas “nous” ? Ne dit-on pas se fier à sa mémoire, ce qui signifie que l’on prend un risque en le faisant ? Mais qui ne se fie pas à certains automatismes ne prend-il pas, lui aussi, un risque, certes de type différent ?

   Le processus hypno+ conduit à augmenter les risques en étendant, en multipliant, le nombre de relais tandis qu’en phase hypno-, on tend à les limiter mais aussi à réduire son champ d’action, peut nous rendre moins performants.1

   Le risque s’accroît quand je m’appuie sur des gens ou des machine, par exemple, qui ne méritent peut-être pas ma confiance et qui pourraient me trahir, comme on dit qu’on a été “trahi” par sa mémoire.

   En tout cas, l’idée de risque a l’avantage de ne pas distinguer entre les diverses altérités avec lesquelles nous avons affaire : notre corps, nos proches, nos équipements techniques externes (par opposition à ceux qui seraient internes, entrés en nous-mêmes). Du point de vue de la prise de risque, tout cela semble bien s’équivaloir. On dit que les mauvais ouvriers se plaignent de leurs mauvais outils.

   Tout est question d’ergonomie, laquelle suscite plus ou moins de prise de risque.2 Une mauvaise ergonomie augmente, accroît, les risques, même au niveau linguistique ; se fier aux mots, sans chercher à les préciser, c’est risquer de ne pas être compris ou de ne pas comprendre. La prétextualité, telle que nous l’avons définie3, comporte une plus grande prise de risque que la contextualité mais elle a l’avantage d’économiser du temps et de l’énergie. Mais il y a le risque qu’une telle économie conduise à des aberrations.

   Dilemme donc : si je me préserve, en m’appuyant, en me servant d’un certain nombre de relais, je risque de dériver sérieusement et de perdre le contrôle de la situation. Mais si je m’occupe de tout directement, je tombe dans un processus inductif épuisant, exigeant une vigilance sans faille. Il y a la force que l’on a en soi et la force que l’on acquiert en trouvant des relais qui font les choses à notre place. Le choix de ces relais se situe a priori dans notre proximité : ce qui nous prolonge, ce qui nous entoure, ce qui nous ressemble, dans la mesure où l'accès est facilité.

   En fait, les individus les plus simples fonctionnent essentiellement sur des automatismes, sur des recyclages, selon une logique déductive, en ce sens, ils sont hautement prévisibles. Ils courent un grand risque, ce faisant, d’agir de façon mécanique et schématique qui correspond à une forme de sous-humanité, à une médiocrité dans la qualité des travaux.

   A contrario, les individus plus évolués investissent plus d’énergie, se reposent moins sur des processus réflexes et prennent moins de risques en ce qu’ils délèguent moins à des fonctions mémorielles, stéréotypées, manquant de finesse et de discernement et confondant les vessies et les lanternes.

   Cela dit, il importe aussi de rechercher des relais et toute organisation sociale passe par la mise en place de réseaux. En pratique, cela conduit à ce que seule une élite puisse se permettre de penser par elle-même et non selon des schémas préétablis. Le scientifique de haut niveau prend moins de risques que celui qui se contente de répéter ce qu’on lui a enseigné; il vérifie et revérifie et finit par détecter certaines failles que la routine aurait laissé passer. Il est tout le temps sur la brèche. Au bout d’un certain temps, la fatigue aidant, il risque fort de prendre de plus en plus de risques, en se fiant à ses habitudes, à ses collaborateurs et ses performances ne peuvent que décliner s’il ne maintient pas la pression tant sur lui-même que sur son équipe. Il doit se maintenir dans l’induction, c’est-à-dire ne rien laisser se cristalliser, se scléroser. Ajoutons que les échecs déductifs alimentent la recherche inductive et que les réussites inductives nourrissent la pratique déductive.

   Si l’on étudie l’homme et la femme, à la lumière d’une telle grille, on notera que les femmes sont attirées par les situations de type déductif et les hommes par les situations de type inductif.

   La femme tendra à fuir les situations exigeant de l’improvisation, ne permettant pas le jeu des automatismes. Pour elle, tout processus inductif est une prise de risque. Pour l’homme, inversement, c’est le processus déductif qui est prise de risque. C’est dire que tout le monde ne partage pas la même philosophie du risque, d’où certains malentendus révélateurs.

   Chaque point de vue se défend : il y a risque à devoir tout le temps recommencer à zéro mais il y a tout autant risque à s’appuyer sur des relais qui tôt ou tard poussent à l’erreur, de par leur manque d’adaptabilité. Le fait que la femme soit plus en phase avec la déduction, la situe plus en aval alors que l’induction est en amont.

   Si l’on considère le plan professionnel, il importe de distinguer radicalement la recherche qui est inductive et la pratique, l’application, qui relèvent du plan déductif. Il est des domaines qui souffrent d’une carence déductive4 et d’autres d’une carence inductive, étant entendu que le travail inductif alimente à terme le travail déductif à moins de recourir à des raccourcis symboliques qui dispensent de passer par l’étape inductive. Dans le cas de l’astrologie, il semble bien que le passage de l’inductif vers le déductif ne se fasse pas bien.5

   Il y a un juste équilibre à trouver existentiellement entre induction et déduction. Dire, par exemple, que l’on ne sait rien, a priori, de quelqu’un, est certes enrichissant sur le plan inductif mais épuisant sur le plan déductif. Les relations sociales ont besoin d’un fort coefficient déductif tandis que les activités philosophiques exigent de se maintenir sur le plan inductif. Ce qui est positif dans un cas ne l’est guère dans l’autre.

   Parfois, les confrontations entre deux camps sont fondées sur ce primat stratégique du déductif et de l’inductif. Sur un sujet donné, face à une situation donnée, les uns considèrent qu’il est prioritaire de passer de l’inductif au déductif, de laisser les choses en l’état, sur la base d’un consensus plus ou moins supposé, donc de préserver le déductif pour qu’il ne bascule pas dans l’inductif .et d’autres pensent l’inverse et partant des échecs du système déductif soutiennent qu’il faut faire table rase et repartir dans un processus inductif. Une même personne pourra faire des choix opposés, selon le domaine en cause.

   Il y a un temps pour accroître le champ des applications (hypno+) donc pour conduire une politique déductive dynamique et il est un temps pour le restreindre (hypno-) et laisser l’espace inductif le plus ouvert possible. Un temps pour baliser et un autre pour dé-baliser; pour mettre en jachère en quelque sorte, étant entendu qu’aucun de ces deux processus ne pourrait s’exercer pleinement sans aboutir à des catastrophes. Aucune société ne peut fonctionner selon la seule déduction, ni selon la seule induction mais selon les phases elle privilégiera plutôt l’une par rapport à l’autre, selon une cyclicité hypnoconsciente.

   C’est ainsi que le langage est une structure déductive et qui ne saurait être constamment réinventée, en tant qu’outil de communication, tandis que le domaine de la recherche constitue un pôle inductif qui ne saurait être sacrifié et qui est générateur de nouveauté.

   L’approche inductive conduit à la déconstruction de son objet tandis que l’approche déductive conduit à des applications.

   La notion d’application (hypno+), évolutive, peut revêtir une signification politique : la Révolution Française en exportant un certain modèle en a ainsi étendu l’application, soit par un processus de fascination, soit du fait de la conquête. Une langue peut aussi s’exporter en phase d’application à d’autres peuples. L’application d’un modèle, selon un mode déductif, à divers cas qui se présentent, conduit à un certain clonage. L’éducation des enfants relève aussi d’un processus applicatif déductif, à des éléments neufs mais sur un mode préétabli.

   La notion de déconstruction, involutive, consiste à vouloir neutraliser une certaine forme de sclérose mentale, à provoquer une forme de dégel, à prendre conscience d’une genèse alors que la démarche déductive relèverait plutôt de l'exégèse car il n’est point d'exégèse sans établissement d’un texte, sans consensus, sans canon. L’induction menace donc le consensus fondé sur des habitudes de pensée et ce jusqu’à ce qu’elle en génère un nouveau.

   Les hommes ont un tropisme vers l’induction / involution tandis que les femmes ont un tropisme vers la déduction / évolution. Et c’est en cela qu’ils se complètent.6 Nous avons assez longuement développé de quelle façon la femme prolonge l’homme mais en même temps comment l’homme émane de la femme, en lui abandonnant certaines tâches alourdissantes, et de façon emblématique les aspects les plus contraignants de la procréation, qui impliquent le maintien dans le corps de la femme d’éléments pesants - sur le mode de la dualité du système organique d’élimination - ce qui implique une prise de risque, avec risque de malentendu, de caricature dans la mesure où le processus déductif, de délégation, aurait été mal pensée et mal conduit.

   Pour garder le contrôle de la situation, les hommes se doivent de recourir périodiquement à une démarche inductive, involuante, ne serait-ce que pour améliorer la qualité du stade déductif.

   Sur le plan de la cyclicité, au regard de l’astrologie axiale, les prises de risque se succéderont donc sur des modes fort différents :

         - prise de risque en se chargeant à nouveau d’activités précédemment déléguées, ce qui peut conduire à la saturation et à l’épuisement (phase hypno-, conjonction Saturne à l’axe stellaire).

         - prise de risque en cristallisant un processus inductif sur un mode déductif et en laissant le relais à d’autres instances, au risque de déviances et de pertes de contrôle (phase hypno+, quadrature de Saturne à l’axe stellaire).

   Le passage d’une phase à l’autre se fait donc dans les deux sens :

         - passage d’hypno+ à hypno- : après avoir étendu très loin ses applications, une société donnée est amenée à se recentrer, ce qui implique un certain repli, un reflux, d’où un ralentissement des activités du fait de la diversification des acteurs qui en découle. Il y a crise du système qui montre par ses ratées qu’il convient d’en réexaminer les bases et les articulations.

         - passage d’hypno- à hypno+ : après une phase d’improvisation et de tâtonnement, il importe de passer aux applications dont il faut étendre le champ au maximum en mobilisant différents acteurs autour de la société concernée. Le temps est venu d’exporter et de chercher des relais.

   Double risque donc : celui d’une science sans conscience, qui applique sans comprendre, de façon de plus en plus figée et prévisible, dans la répétition et l’uniformisation, refoulant certains signaux d’alarme, ou au contraire d’une quête permanente de type Sisyphe, et qui ne s’accorde pas de relâche, qui relance constamment le questionnement, créant ainsi un monde imprévisible et par trop exigeant. A chacun sa représentation de l’Enfer.

Jacques Halbronn
Paris, le 21 juillet 2003

Notes

1 Cf nos travaux sur cette dialectique, in Encyclopaedia Hermetica, Ramkat.free.fr, rubriques Hypnologica et Astrologica. Retour

2 Cf notre étude sur les systèmes, E. H., rubrique Hypnologica. Retour

3 Cf notre étude sur le féminin, Hommes & Faits, Faculte-anthropologie.fr. Retour

4 Cf notre étude “Contre une astrologie rachitique”, E. H. Retour

5 Voir nos travaux sur l’astrologie, E. H., rubrique Astrologica et sur Hommes & Faits, Faculte-anthropologie.fr, rubrique “astrologie, pathologie d’une épistémé”. Retour

6 Voir nos études sur le couple, notamment autour de la question du refoulement, sur E. H. Retour



 

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